Marine Le Pen inéligible, et après ?

La condamnation de Marine Le Pen à une peine d’inéligibilité écarte la candidate naturelle du Rassemblement national d’une élection qui semblait à sa portée. Coup d’État judiciaire ou juste retour de bâton, cette affaire pourrait s’apparenter à l’un des plus grands scandales politico-judiciaires des dix dernières années.

L’inéligibilité de Marine Le Pen semblait une hypothèse improbable, mais, comme souvent depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, l’improbable devient réalité. La présidente du groupe RN à l’Assemblée était donnée en tête dans les sondages ; cette décision prive donc ses électeurs de leur candidate. Pourtant, le verdict du tribunal correctionnel de Paris ne sort pas de nulle part : il s’appuie sur l’application du droit. C’est peut-être là le cœur du problème, et une maladresse dont le RN a fait preuve dans son processus, en partie indispensable, de dédiabolisation. En jouant la carte du légalisme à tout prix et en refusant de s’affirmer comme un dissident clair sur de nombreux sujets, le RN a offert un blanc-seing à un appareil judiciaire qui, aujourd’hui, lui porte un coup fatal.

 

L’État de droit contre le peuple

 

De nombreux cadres du RN, dont Marine Le Pen et Jordan Bardella, ont défendu une ligne dure en matière d’inéligibilité des élus. Une position critiquable, car elle confie à l’appareil judiciaire une décision qui devrait revenir aux électeurs. Selon nous, il devrait être possible d’élire n’importe quel citoyen, repris de justice ou non, dès lors qu’il est majeur et Français. De la même manière, la limitation du nombre de mandats dans le temps, instaurée par la réforme constitutionnelle de Nicolas Sarkozy, est absurde, même si elle nous préserve aujourd’hui d’un troisième mandat de Macron. Cet ensemble de règles, qui encadrent l’accès à la magistrature suprême, constitue un frein à la voix du peuple. La gauche y verra l’État de droit ; il s’agit en réalité d’une assurance-vie pour un système condamné à l’inertie, que peu osent aujourd’hui remettre en cause, hormis du côté des partisans du Frexit, politiquement marginaux, ou des Insoumis, qui prônent l’instauration d’une VIème République. LFI, d’ailleurs, a fait preuve d’une certaine cohérence dans sa réaction à cette décision judiciaire. Si le travail de normalisation du RN, engagé de longue date par Marine Le Pen, s’est révélé une stratégie gagnante, comme en témoigne la progression fulgurante du parti, il semble s’être heurté aux limites d’un appareil judiciaire acquis à la gauche d’une part, et à des principes fallacieux dont les droites sont comptables.

 

Reste maintenant à envisager l’avenir pour le RN et les droites. L’hypothèse Marine Le Pen était rassurante pour beaucoup ; aujourd’hui, rien ne semble acquis, d’autant qu’Emmanuel Macron aura probablement dissuadé les Français d’élire à nouveau un trentenaire à la tête du pays. Le positionnement de celle qui fut trois fois candidate à la présidentielle sera déterminant dans la recomposition de l’équation politique à droite.

 

Olivier Frèrejacques

Président de Liberté politique